La voie de l’introspection

3–4 minutes

lire

Entrer en thérapie, c’est s’engager sur le chemin de l’intériorité. C’est cesser en conscience ses projections sur autrui, que ce soit sur ses parents, son compagnon/sa compagne, ses amis, un peuple, une nation, la société, la droite ou la gauche, ou le monde entier. Ne plus chercher des réponses en l’autre, mais d’abord en soi-même, pour ensuite s’ouvrir à nouveau de manière plus consciente. Enfin, c’est guérir ses blessures, retrouver des forces et se reconstruire.

Et pour certains, très naturellement, cela ira plus loin et s’orientera vers un recueillement plus profond, vers une certaine forme de spiritualité.

« Qui regarde à l’extérieur rêve. Qui regarde à l’intérieur s’éveille » Carl G. Jung

Cette représentation ci-dessous de Marie-Madeleine, aussi appelée Myriam de Magdala, illustre parfaitement cette magnifique citation de Jung.

Marie-Madeleine est pour moi l’exemple-même d’une entrée en introspection totale, avec cette particularité d’une entière dévotion à plus grand que soi.

marie de magdala méditant sainte baume
Madeleine méditant (Sainte Marie-Madeleine), un tableau du peintre français Victor Orsel (1795–1850).

Alors je vais vous parler d’elle et avec grand plaisir !

Marie-Madeleine est une figure controversée du christianisme, religion peu à l’aise avec le féminin (partons de la base : « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » –> la Trinité, constituée du même caractère divin, serait essentiellement et exclusivement masculine).

Si on transpose cela à un autre niveau, on peut dire que l’Eglise (l’institution) tend à rejeter les dieux de nature qui avaient toute leur importance dans les cultes polythéistes. Lorsque le mouvement, la vie, le contact avec la matière se perdent, la pensée se fige et devient dogme. Sans rapport sain à la terre, la doctrine religieuse devient une coquille vide.

Il existe tout de même dans la Bible de belles figures féminines, dont la plus importante est la Vierge Marie, la mère de Jésus. Elle est pudique, discrète, maternelle, et d’une capacité d’accueil sans limite, mais aussi très peu tournée vers le corps, vers la chair. Et d’ailleurs, à qui oppose-t-on souvent la Mère ?

La prostituée, évidemment ! Et comme Marie-Madeleine est voluptueuse, désirante, démonstrative, audacieuse et libre… elle eut rapidement une réputation des plus sulfureuses. Coïncidence ou non : elle n’avait semble-t-il ni père, ni frère, ni mari, ni fils… Sans repère masculin, donc.

Selon la Bible, Marie-Madeleine fut exorcisée par Jésus de « sept démons » puis devint sa disciple. Elle l’accompagna jusqu’à sa mort, et fut le premier témoin de sa résurrection. Ensuite, le texte ne dit plus rien : il faut alors s’intéresser à d’autres textes, notamment les écrits gnostiques.

Selon la légende provençale, elle fuit les persécutions et se réfugia en bout de course dans une grotte située dans une paroi rocheuse surplombant une forêt dense aux mille légendes païennes : la sublime grotte de la Sainte Baume. Elle s’y fit anachorète et vécut trois décennies de méditation. Et nous voici enfin dans le tableau de Victor Orsel ci-dessus !

Il ne s’agit pas seulement d’une introspection pour soi. L’intention est bien plus large. Cloitrée au sein d’une antre, elle s’ouvre à l’ailleurs, à autre que soi. Il peut s’agir sur le plan symbolique d’un objectif de fin de thérapie.

J’ajouterais que Marie-Madeleine était une femme intense, sans doute au départ très polarisée entre son caractère instinctuel et son aspiration à la vie spirituelle. Son histoire est celle de l’incarnation du mariage entre ces deux tendances (vivre l’Esprit dans son corps). Il s’agit aussi du renoncement aux désirs vains, insensés, destructeurs, pour atteindre son seul désir : le désir du coeur, un désir de feu mais qui ne consume pas.

Ce texte parlera aux personnes mues par un fort désir de transformation et habitées par l’esprit du Soufre (j’y reviendrai dans un prochain post).

Laisser un commentaire